Samedi 25 Juin 2005 – 6h50 – Heure locale –
Lac du Trebens (2310m) Massif du Carlit – Cerdagne
Jean
Pierre BERNARD, vice-président et membre du Club
Mouche Solérien, est un passionné,
il pêche comme il respire depuis des années.
Comme nous tous, il espère, il rêve du "Graal",
de ce poisson imaginaire qui hante nos veilles de sorties
de pêche. Car quoi qu'en disent certains, on est tous
des enfants devant cette mère nature qui nous gâte
de ses trésors, et chaque pêcheur dans son
âme, espère un jour, de capturer la truite
de ses rêves.
Le
chemin est long, depuis le moulinet, jusqu'au bout de la
soie, depuis le premier lancer, jusqu'à la maîtrise
de l'Art, car c'est bien de cela dont il s'agit ! Ce n'est
pas un "coup de bol", ce n'est pas seulement être
là au bon moment. C'est aussi, et tout bon moucheur
le sait, une traque patiente, un sens aigu de l'observation,
une pratique éprouvée, chaque geste à
sa place et au milieu attendent les lacs…
Tous
ces contours et détours pour vous faire patienter,
vous faire rêver encore, ce matin là, il faisait
14° au panneau lumineux qui mène aux Bouillouses,
temps clair. Nous arrivons à 4h20 et nous montons
rapidement au Trebens où les lueurs de l'aube arrivent
à peine quand nous posons nos sacs à 5h40
au déversoir.
Des gobages épars s'étendent jusqu'à
la sortie d'eau où une grosse chasse.
Nous
préparons nos cannes, après quelques essais
près du déversoir, les gobages s'espacent
et nous tentons de trouver la bonne mouche, Pierrot décide
de faire la bordure gauche.
Alors
que je montais une émergente, abasourdi par le bruit
de l'eau, j'entends siffler, puis en levant la tête,
je vois Pierrot, toujours aussi jovial, qui m'appelle d'en
face, je capte mal ses propos…"…puisette...trente…",
l'eau m'empêche de bien saisir, il me demande une
épuisette ! Je n'ai pas d'épuisette, je cherche
dans son sac en vain, puis mon regard se dirige à
nouveau vers Pierrot, la canne "blindée"
vers la surface de l'eau, m'incite à courir pour
voir et l'aider si possible.

Lorsque
j'arrive, Pierrot est excité et tendu comme la canne,
"elle fait au moins 55 cm", je ne la vois pas,
le fil zigzague doucement, elle sonde. Puis j'aperçois
sa tête et sa gueule, non, elle fait plus que 55 cm
avec une gueule aussi large ! Je m'accroupis au plus près
de l'eau, les bras ballants dans l'eau du lac, "tu
vas te geler" me dit Pierrot, qu'importe, "pas
grave, amène-là entre mes mains" lui
dis-je.
Plusieurs
allers-retours sont nécessaires, heureusement pas
violents, puis elle arrive, mais voit ou sent mes mains
et tourne au dernier moment, après deux autres essais,
elle arrive enfin face à moi, les ouïes ? Je
n'ai pas le choix, c'est pas possible, ce sera la gueule,
je la prends fermement par les mâchoires avec les
pouces dans sa gueule. Ça y est ! Elle est au sec
! "Elle fait au moins 60 cm" dit Pierrot, "Plus
! " lui dis-je. Après mesure, elle fait 71 cm
! Regards… Sourire et satisfaction…Bonheur !
|